J’avais opéré ma retraite avec autant d’adresse que de bonheur, mesoustrayant non seulement aux regards des jeunes invités, ce qui n’étaitpas bien difficile, vu la grande a?ention qu’ils donnaient à leurs jeux,mais encore à ceux des parents, ce qui était une bien autre affaire. J’avaisa?eint le boudoir tant désiré, lorsque je m’aperçus, en y entrant, qu’ilétait momentanément transformé en réfectoire, et que des buffets gigantesquesy étaient dressés, tout chargés de pâtisseries et de rafraîchissements.Or, comme ces préparatifs gastronomiques m’étaient une nouvellegarantie que je ne serais pas dérangé avant l’heure du souper, puisque lesusdit boudoir était réservé à la collation, j’avisai un énorme fauteuil àla Voltaire, une véritable bergère Louis XV à dossier rembourré et à brasarrondis, une paresseuse, comme on dit en Italie, ce pays des véritablesparesseux, et je m’y accommodai voluptueusement, tout ravi à ce?e idéeque j’allais passer une heure seul en tête-à-tête avec mes pensées, chosesi précieuse au milieu de ce tourbillon dans lequel, nous autres, vassauxdu public, nous sommes incessamment entraînés...
2020/08/28 16:17:33




