J'attendais le train de retour de province. Un week-end douloureux, temps maussade dedans comme dehors. Un hall de gare sans âme, une heure de banc, un café tiède gobelet carton pour compagnon. Sur le clavier de mon mobile je me suis mis à écrire des verbes, sans queue ni tête. Une source de mots qui jaillissaient, et l’eau de cette source me faisait un bien fou. Puis les vieux réflexes des bancs d’école sont venus à la rescousse des mots. Je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes et ils sont. Je me suis pris au jeu, tel un gamin qui faisait ses gammes et j’ai conjugué jour et nuit jusqu’à divaguer. J’ai sélectionné une centaine de verbes, au hasard de mes pensées les plus noires ou les plus gaies, sarcastiques, humoristiques, enfantines ou absurdes. Un pêle-mêle émotionnel. Ce n’est pas tout à fait de la poésie ni de la philosophie, simplement quelques réflexions du moment qu’il faut prendre telles quelles. C’est un exercice à chaud, qui se mange comme un petit pain à la sortie du four. Il est toujours possible de faire mieux. Chaque verbe peut être manipulé, trituré comme bon vous l’entendez, c’est ce qui fait la beauté de notre langue. Je vous les livre dans toutes leurs instantanéités et aussi leurs imprécisions. Bien entendu elles n’engagent que son auteur, et le il se transforme en elle à votre guise. Comme le bon vin, elles sont à consommer avec modération. Et si ce recueil était justement un vin, je le qualifierai de « nature », sans filtre ni additif. À la vôtre !
2020/08/29 18:04:47




