EXTRAIT:Chapitre i. — Les droits de l’hommeLE LIBÉRALISMECHAPITRE PREMIERLES DROITS DE l’HOMME« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Cet axiome, qui est à peu près aussi juste que le serait celui-ci : « Le mouton est né Carnivore et partout il mange de l’herbe », est, comme on sait, la première ligne du Contrat social, ouvrage destiné à prouver que l’homme est né libre, à montrer qu’il ne l’est nulle part, à assurer qu’il doit le redevenir et à organiser une société où il serait plus opprimé qu’en Turquie.Je ne partirai point du tout du même principe. Pour moi l’homme est né en société, puisqu’on ne l’a jamais vu autrement qu’en société, pareillement aux fourmis et aux abeilles, et, comme né en société, il est né esclave, ou, tout au moins, très obéissant.Si haut qu’on remonte, on trouve des sociétés où un homme commande et où tous les autres obéissent, ce qui est, du reste, absolument nécessaire pour les besoins du défrichement, de la guerre contre les fauves et de la guerre contre les autres hommes.A remonter plus haut, on ne doit rien dire, parce qu’on ne sait rien. Ce serait faire de la métaphysique historique, jeu agréable et inutile.Donc l’homme est né esclave, et le despotisme est la forme naturelle des sociétés humaines.Ce n’est pas à dire que c’en soit la forme nécessaire. Sans croire au progrès, puisqu’il est indémontré et indémontrable, je crois au changement et à l’amour du changement parmi les hommes, comme précisément à leur trait distinctif parmi les autres animaux - et je crois particulièrement à leur goût éternel de sortir de l’état despotique pour conquérir la somme de liberté individuelle la plus grande possible.
2020/08/29 22:00:12




