— Je désirerais coucher dans « la mauvaise chambre ! »Je n’ai pas plus tôt prononcé cette phrase que je vois la figure de notre hôte, si pâle déjà, blêmir encore.— Qui vous a dit qu’il y avait ici une « mauvaise chambre » ? demanda-t-il, retenant à grand-peine une irritation certaine.La mère Appenzel, qui apportait un magnifique morceau d’Ementhal, sur une assiette, se prend à trembler si fort qu’on entend l’assiette tambouriner la table.— C’est toi, mère Appenzel ?— Ne grondez pas cette excellente femme, mon indiscrétion seule est coupable… Je voulais entrer dans la chambre dont la porte était restée close et votre servante me l’a défendu : « N’entrez pas, m’a-t-elle dit, dans « la mauvaise chambre. »— Et vous n’y êtes pas entré ?— Et j’y suis entré !— Ah ! mon Dieu ! gémit la mère Appenzel, en laissant tomber un verre qui se brisa avec un singulier fracas.— Va-t-en ! crie l’homme, brutal.Et quand elle est partie :— Vous êtes curieux, Monsieur !— Excusez-moi, très curieux !… Et puis, laissez-moi vous dire, Monsieur notre hôte, n’est-ce point vous-même qui, tout à l’heure, auprès de la grotte où nous avons eu la bonne fortune de vous rencontrer, avez fait allusion aux bruits qui couraient la montagne. Eh bien ! je ne serais pas fâché que la si parfaite hospitalité que vous nous offrez serve à les dissiper. Quand j’aurai couché dans cette chambre qui a une si mauvaise réputation, et que j’y aurai reposé en paix, comme un honnête homme qui a la conscience tranquille et qui a bien soupé, on ne dira plus que votre maison, comme vous nous l’avez annoncé avec la plus triste ironie, porte malheur…Mais le gentilhomme m’interrompt.
2020/08/29 16:45:01




